Pénurie des composants : personne pour s’aventurer à prédire une fin de pénurie.

Le premier semestre 2022 a été conforme à nos prévisions : la pénurie des composants s’est accentuée dans de nombreux secteurs, et s’est malheureusement encore aggravée par les effets du conflit ukrainien ou par le blocage des ports et les confinements drastiques chinois.

Au-delà de la simple pénurie capacitaire, c’est aussi une certaine désorganisation mondiale de la supply-chain. Des ports régulièrement  fermés ou très ralentis, des milliers de containers en attente de déchargement, dont les retours vides sont retardés. A cela il faut ajouter, des compagnies de transports qui manquent de chauffeurs, des livraisons morcelées en petites quantités qui nécessitent plus de personnel, etc…des explications s’ajoutent jour après jour à cette grande litanie des raisons qui font que la précision de livraison pour nos EMS est passée de 98% dans une fenêtre de 10 jours encore il y a un an, à moins de 80% ces dernières semaines.

Les échanges réguliers, que nous avons avec les différents acteurs impliqués dans cette crise, ne nous permettent pas de voir d’amélioration significative à court terme.

D’autant plus que les sources de dépannage, que tout un chacun a pu activer, sont maintenant au bout de leurs possibilités, les prix pratiqués sur ces seconds marchés étant devenus si prohibitifs qu’ils ne peuvent plus être acceptés par les clients.

Les niveaux d’activités sont très élevés sur l’ensemble des continents et des marchés. Même si le continuum cyclique des effets Covid en Asie et les évènements géopolitiques récents engendrent une baisse des ventes de PC ou de Smartphones, on peut constater que l’activité industrielle se détache encore avec une croissance en hausse. Tout particulièrement en Europe et aux USA, la prévision de ce secteur se maintient et restera élevée (au-dessus de 5%) cette année et en 2023. Dans la pratique ces données se sont révélées très en-dessous de la réalité pour ces 2 dernières années.

En ce qui concerne la sous-traitance électronique, le niveau de production de nos entreprises EMS demeure très élevé, souvent au-dessus de 2019. Pour la plupart, les prises de commandes sont d’un bon niveau et nos productions demeurent insuffisantes pour satisfaire la demande, faute de disponibilité des composants. Les équipements de production, commandés en 2021 dans le cadre des différents dispositifs du Plan de Relance, peinent à nous être livrés, eux aussi, faute de matière première, de composants ou de pièces détachées. Nos niveaux de stock sont très élevés et depuis quelques semaines, nous assistons à des livraisons du back-log de manière très erratique, ce qui laisse à penser que la logistique ex-factory Asie-Europe est encore fortement déstabilisée et difficile à contrôler, tant du côté des fabricants que par les distributeurs (à qui les fabricants demandent de plus en plus d’organiser le transport eux-mêmes depuis leur usine).

Le 2e semestre 2022 sera probablement non moins compliqué, avec de nouvelles hausses de prix annoncées pour les semiconducteurs, justifiées par les difficultés d’approvisionnement des matières premières cumulées au prix de l’énergie.

 Pour mémoire, il faut généralement 2 ans pour construire une usine de semiconducteurs, plus 2 ans pour la rendre opérationnelle. Les « puces » quant à elles, nécessitent 6 à 7 mois de process. Il est probable qu’il y ait ça et là des opportunités d’amélioration de livraison, plus liées à des replanifications des très gros consommateurs de composants (PC, télécom, grand public en légère baisse) qu’à la disponibilité de toutes les capacités de production annoncées ces derniers mois. 

La situation devrait toutefois se détendre quelque peu dans la catégorie des passifs avec l’entrée en service de nouvelles capacités de production annoncées cette année.

En conclusion : pas de véritable éclaircie à l’horizon.

2023 se présente encore dans les mêmes conditions que 2022, avec des prévisions de ralentissement de croissance et certains marchés en forte pression de relance (défense, aéronautique, électromobilité, cybersécurité, …). Il est toujours aussi difficile de s’aventurer dans les prévisions en matière d’électronique, tant la transversalité des applications est large et les secteurs d’activités multiples, complexes et variés. La supply-chain reste durablement perturbée, c’est la fin d’un cycle et d’un modèle, tout doit être repensé. Il faut continuer à communiquer les prévisions de commandes aux fournisseurs sur une période la plus longue possible, appliquer les règles de bon sens telles que la mise en place de double implantation, chaque fois que cela est possible, et éviter d’utiliser les modules qui sont très difficiles à remplacer lorsqu’ils ne sont pas disponibles. Il existe aussi des fournisseurs alternatifs qui ne sont pas toujours connus et qui ont fait des investissements capacitaires. Nous reviendrons sur ce sujet.

Bel été à toutes et tous.

(Note n°3 sur les approvisionnements -Juillet 2022)

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